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    Théâtre

    Le TNM veut s’ouvrir à la diversité culturelle

    Lorraine Pintal célèbre sa 25e saison à la tête du théâtre de la rue Sainte-Catherine

    4 avril 2017 |Jérôme Delgado | Théâtre
    Lorraine Pintal, Hélène Bourgeois-Leclerc, Marie-Thérèse Fortin et Catherine Vidal, quatre figures de la prochaine programmation du TNM
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Lorraine Pintal, Hélène Bourgeois-Leclerc, Marie-Thérèse Fortin et Catherine Vidal, quatre figures de la prochaine programmation du TNM

    Déchirée entre gêne et fierté, peut-être, mais Lorraine Pintal ne peut quand même pas se le cacher : la saison 2017-2018, la 66e du Théâtre du Nouveau Monde (TNM), sera sa 25e à elle, comme directrice artistique et générale. Le temps de la passation des pouvoirs n’est pas arrivé, croit cependant celle qui s’apprête à entamer une série de chantiers, autant physiques qu’éthiques, visant la représentativité de la pluralité des voix.

     

    « On donne un coup de barre pour des changements importants au TNM en vue des quatre prochaines années », affirme Mme Pintal au Devoir, en marge du dévoilement d’une saison ponctuée d’Ionesco, Dostoïevski et… Gabrielle Roy.

     

    Nommée à l’automne 1992 dans une situation d’urgence — « j’ai eu à faire la saison 1992-1993 sur les chapeaux de roue », résume-t-elle —, Lorraine Pintal a depuis assis son autorité et sa vision d’un théâtre à cheval entre des classiques et de la création actuelle. Un quart de siècle plus tard, elle affirme posséder encore la flamme, animée par de nouvelles batailles.

     

    La gestionnaire et metteure en scène, jadis presque politicienne (candidate aux élections de 2014 pour le Parti québécois), planche sur une série d’actions dont l’objectif est de faire du TNM le véritable théâtre national, inclusif, de toutes les voix de la société. Parmi ces projets, l’agrandissement de l’édifice, qui a reçu l’appui de Québec (7 millions de dollars), mais attend encore celui d’Ottawa (7 millions aussi), vise l’aménagement d’espaces pour la relève et pour des missions d’ordre thérapeutique. Mais il y a plus.

     

    Quatre ans en comités

     

    « Je forme un comité pour qu’on puisse poser des gestes réfléchis, pas juste nous, mais aussi les écoles de théâtre, les auteurs et les metteurs de scène pour que nous puissions [inclure] les acteurs d’origines diverses, explique-t-elle. C’est tout un travail de sensibilisation, un travail de long terme. »

     

    « Je fais la même chose, poursuit-elle, pour les écritures féminines. Je me donne un échéancier de quatre ans. Il ne faut pas que ça donne un coup d’épée dans l’eau. »

     

    D’ici là, défend Lorraine Pintal, la programmation 2017-2018 témoignera de ces préoccupations. Catherine Vidal, lauréate de la bourse Jean-Pierre Ronfard, mettra en scène L’idiot de Dostoïevski. La traduction de Vu du pont d’Arthur Miller a été confiée à Maryse Warda, alors que, côté innovation, le TNM se tourne vers Gabrielle Roy. Son autobiographie La détresse et l’enchantement sera transformée en pièce de théâtre par Marie-Thérèse Fortin, en collaboration avec Olivier Kemeid. Pour Pintal, « cette écriture féminine d’unautre temps, qui vient nous chercher dans nos racines, offre un contrechamp intéressant dans notre programmation ».

     

    Le reflet du Québec multiculturel s’exprimera d’abord avec Vu du pont, une histoire d’immigration dont Mme Pintal assumera la mise en scène. Ce choix, elle le qualifie de « réponse au despotisme » qui accompagne les discours appelant à la fermeture des frontières. « J’ai pris la liberté qu’un des personnages autour [du personnage central] d’Eddie Carbone soit tenu par un acteur noir [Martin-David Peters]. Carbone est très ambivalent, et il est important qu’on ne l’accuse pas de racisme. Il fallait qu’il côtoie quelqu’un qui n’est pas de sa couleur, de sa culture. »

     

    Elle reconnaît cependant qu’il ne faut pas se limiter à ce type de rôles racés et donner à un Noir un rôle qui n’est pas tributaire de sa couleur. Pour les Fourberies de Scapin, récit que Molière a campé à Naples, le metteur en scène Carl Béchard « a eu la très bonne idée d’engager deux de ses jeunes comédiens du Conservatoire[Lyndz Dantiste et Tatiana Zinga Botao] et de leur faire jouer des rôles d’Italiens », commente la directrice.

     

    Son programme quadriennal est cependant tributaire des subventions gouvernementales. D’où sa (double) déception devant les budgets fédéral et provincial livrés en une semaine. « Coup sur coup, ce sont deux annonces qui visent le numérique, les médias, le cinéma et la musique, des secteurs appauvris, qui vivent les soubresauts technologies », dit-elle, néanmoins, pragmatique.

     

    Si Lorraine Pintal se montre calme, c’est qu’elle s’attend à ce que le renouvellement des politiques culturelles, en cours autant à Ottawa et à Québec qu’à Montréal, apporte de l’argent frais. Elle se fera plus agressive, à l’occasion de ses 25 ans. « Je garde mes munitions pour l’automne », avertit-elle.

     

    Le TNM reçoit 2 millions de dollars de la part de tous les gouvernements. Sans vouloir chiffrer ses besoins supplémentaires, Lorraine Pintal exige plus d’argent pour pouvoir « épouser toutes les causes », l’éducation comme la médiation et l’art thérapeutique.


    Les rendez-vous de 2017-2018 Wilson chante Montand : acteur-chanteur, ou l’inverse, Lambert Wilson montera sur la scène du TNM pour interpréter Yves Montand, lui aussi chanteur-acteur (ou l’inverse). La saison démarre donc en musique, en relais au spectacle estival Demain matin, Montréal m’attend, repris aussi en septembre.

    Vu du pont : la tragédie d’Arthur Miller, vue par Lorraine Pintal, mettra en scène François Papineau, Maude Guérin et Mylène Saint-Sauveur, entre autres.

    Les fourberies de Scapin : le Molière, inévitable à une saison rue Sainte-Catherine, sera dirigé par Carl Béchard avec un couple de tonnerre, Benoît Brière et, un revenant au TNM, André Robitaille.

    La détresse et l’enchantement : le texte de Gabrielle Roy sera mené par la voix de Marie-Thérèse Fortin, seule sur scène et dirigée par Olivier Kemeid.

    L’idiot : l’auteur Étienne Lepage a la charge de faire du théâtre avec ce roman de Dostoïevski et toute son oralité. Sur scène : Renaud Lacelle-Bourdon, Evelyne Brochu et Francis Ducharme.

    Les chaises : Ionesco a été choisi pour clore la 66e saison. Monique Miller et Gilles Renaud seront dirigés par Frédéric Dubois, un maître de l’absurde.












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