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    Tourisme

    Escapade à vélo dans la campagne cubaine

    1 avril 2017 | Caroline Montpetit dans l’Oriente cubain | Voyage
    Tous les moyens sont bons pour se déplacer à Cuba.
    Photo: Ronaldo Schemidt Agence France-Presse Tous les moyens sont bons pour se déplacer à Cuba.

    Les pieds sur les pédales de mon vélo, sur la jolie route menant à Cueto, dans la province de Holguin, à Cuba, j’ai dépassé un tracteur, une charrette tirée par un cheval traînant une énorme cargaison de foin et un rickshaw transportant trois personnes. J’ai même dépassé un Cubain qui pédalait sur un tout petit vélo sans aucune vitesse. Celui-ci m’a vite rejointe et doublée à son tour en souriant, manifestement habitué à parcourir quotidiennement de longues distances sur deux roues.


    Il faut dire que tous les moyens sont bons pour se déplacer à Cuba, où le nombre de voitures se situe autour de 180 000 pour 11,7 millions d’habitants, selon des chiffres cités par le quotidien français Le Monde. Fait à noter, celles qui circulent ont souvent des moteurs très anciens et charrient des nuages opaques de pollution derrière elles.

     

    Nous, nous sommes un petit groupe de touristes réunis par Vélo Québec pour arpenter les routes de l’île juchés sur nos bécanes venues du froid.

     

    Au programme, des trajets variant de 50 à 100 kilomètres par jour, rayonnant autour de la ville de Holguin, dans l’Oriente cubain, durant une semaine.

     

    Les Cubains ont particulièrement expérimenté le vélo durant la fameuse « période spéciale », dans les années 1990, soit après la chute de l’URSS, jusqu’alors pourvoyeur de diverses denrées dans l’île.

     

    À cette époque où le pétrole se faisait très rare, on dit que le gouvernement cubain aurait importé un million de bicyclettes provenant de la Chine. Une ancienne usine cubaine d’autobus fut alors reconvertie en fabrique de vélos.

    Photo: Caroline Montpetit Le Devoir Un joueur d’accordéon rencontré sur notre route cycliste

    Le cyclisme est devenu un moyen courant de locomotion, jusqu’à ce que du pétrole arrive finalement du Venezuela en échange de la main-d’oeuvre de médecins cubains.

     

    Dès que l’on quitte l’abondance et le luxe de l’hôtel de type tout compris Playa Costa Verde, on plonge dans la campagne cubaine et on retrouve le temps comme un trésor perdu, une denrée précieuse devenue si rare sous nos latitudes.

     

    Peu touristique, la province de Holguin vit d’agriculture, précise Reissender, l’un de nos guides cubains, qui parle d’ailleurs un français impeccable.

     

    Le pays traverse une période de sécheresse en ce début du mois de mars, et les collines qui surgissent au milieu des plaines ressemblent parfois vaguement aux mesas surgies du désert de l’Arizona. Pourtant, nous sommes accueillis, le premier jour, par un vent ferme et quelques ondées.

     

    Le premier circuit nous mène à la Playa Blanca, où l’on dit que Christophe Colomb a débarqué lors de son premier voyage à Cuba. Cent mille indigènes arawak peuplaient alors l’île.

     

    Colomb aurait alors décrit les pins et les palmiers qui poussaient sur cette terre, et ses étendues pastorales. Il a baptisé l’île « Jeanne » en l’honneur de l’infante espagnole Juana.

     

    La croix de Parra, seule rescapée des 29 croix plantées à Baracoa par l’explorateur en 1492, a été décrétée ici monument national en 2011. En 1620, il n’y avait toujours que 7000 habitants à Cuba.

     

    Le voyage organisé par Vélo Québec à Holguin est coté « trois vélos + », c’est-à-dire un parcours de difficulté moyenne, « vallonneux, parfois montagneux ». Par opposition, le circuit en Corse de l’organisme compte « cinq vélos + ».

    Photo: Jacob Racine La ville de Holguin, dans l’«Oriente» cubain

    Afin de vérifier le niveau des participants pour ce dernier, notre guide Jacob Racine explique qu’on demande aux cyclistes s’ils sont capables de monter et de descendre cinq fois de suite la côte Camillien-Houde, à Montréal.

     

    Ces circuits sont une option notamment pour ceux qui hésitent à enfourcher leur vélo seuls dans un pays étranger.

     

    À Cuba, par contre, aucun problème. Fermant la marche, Jacob Racine est tout sauf pressé, et d’une gentillesse sans faille. J’ai en outre été ravie de l’avoir derrière moi lorsque mon vélo a fait une crevaison sur la route dès le premier jour. Une compatriote, Sylvie, qui a voyagé à vélo de par le monde avec son mari, Robert, m’avise par ailleurs que les routes cubaines se sont dégradées depuis son dernier séjour ici, il y a une dizaine d’années. Est-ce à cause de l’embargo américain qui n’en finit plus de créer des pénuries sur l’île depuis des décennies ? La fin de cet embardo, souhaitée par le gouvernement de Barack Obama, tarde à se manifester.

     

    La deuxième journée nous mènera à El Retrete, à quelques kilomètres de la ville de Banes, où l’on trouve, dit-on, le plus grand site archéologique de Cuba. Nous nous y rendons en taxi, mais le musée qui exploite le site est malheureusement fermé le lundi, jour de notre passage.


    Libre comme l'air
     

    La devise de Vélo Québec est « Libre comme l’air », rappelle Jacob. Les cyclistes ont donc le choix de faire les trajets proposés ou de se reposer. D’ailleurs, l’agence a récemment mis au point la formule « En toute liberté », par laquelle on peut réserver un voyage aux dates de notre choix, pour partir à notre guise, sans groupe, que ce soit en Europe ou en Asie. Vélo Québec fournit les parcours, assure les réservations d’hôtel et garantit le transport des bagages d’une escale à l’autre.

    Photo: Jacob Racine Image de notre périple sur deux roues au fil de la campagne de Cuba
     

    À Cuba, les autorités locales imposent cependant certaines contraintes. Il faut employer des guides locaux, et certains trajets ne sont accessibles qu’après un voyage en autobus à partir de l’hôtel.

     

    Le troisième jour, je prendrai donc le chemin de la plage pour plonger allègrement dans les eaux turquoise où grouillent des colonies de poissons de toutes les couleurs, rayés, bleus, jaunes, rouges et verts. Un vacancier nous dit avoir même pêché une petite pieuvre en tenue de camouflage.

     

    Le lendemain, Puerto Padre est peut-être le plus bel itinéraire du voyage. Après une route tout en collines mais qui met à l’épreuve les vélos trop fragiles, à travers les villages paisibles d’Uñas et de Velasco, on prend de la vitesse sur un long plat bordé de champs, pour déboucher finalement sur la mer, dans un joli village aux couleurs pimpantes. À la terrasse d’un bistrot, je demande un café, mais on me dit qu’il n’y en a pas ce jour-là, toujours avec cette expression de lassitude tranquille de gens habitués à la disette et à regarder passer le temps.

     

    Les amateurs d’asphalte lisse ont préféré la route de Cueto, que nous ferons l’avant-dernier jour. Quant à moi, j’aurais aimé visiter, non loin de là, Biran, le village natal des frères Raul et Fidel Castro, qui a été déclaré Lieu historique national en 2009.

     

    Quelques mois après la mort de Fidel, ainsi qu’après l’élection de Donald Trump à la tête des États-Unis, la politique demeure un sujet difficile à aborder de front avec les Cubains. Mais qui sait quel destin attend l’île, qui a déjoué plus d’un pronostic depuis sa célèbre révolution socialiste de 1959. No lo sé, disent les Cubains. L’avenir le dira.

    À lire Pour en savoir plus sur la société cubaine : Cuba no, de Ludo Mendès, un journaliste français qui a vécu une vingtaine d’années à Cuba, éditions Ring, Paris, 2013. Et aussi, Comprendre Cuba, d’Hector Lemieux, aux éditions Ulysse, Montréal, 2017.


    Notre journaliste était l’invitée de Vélo Québec.













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