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    La croisée des chemins

    Michel David
    4 avril 2017 |Michel David | Québec | Chroniques

    Jean-François Lessard est le premier à savoir qu’il fait figure de négligé dans la lutte qui l’oppose à Gabriel Nadeau-Dubois pour le poste de co-porte-parole de Québec solidaire. Tout le monde s’attend à ce que le nouveau chouchou de la gauche l’emporte haut la main au congrès de mai.

     

    Alors que l’ancien leader étudiant demeure très réservé sur le sujet de la « convergence », ce que plusieurs interprètent comme un rejet, M. Lessard plaide fortement en faveur d’une d’alliance avec le PQ, pourvu qu’il y ait entente sur un minimum de principes.

     

    Le cahier de propositions qui sera soumis aux délégués contient trois options. A) QS rejette toute forme d’alliance, comme le propose un troisième candidat au poste de co-porte-parole, Sylvain Lafrenière, selon lequel QS n’a besoin de l’aide de personne pour réaliser des gains significatifs à la prochaine élection. B) QS entreprend des discussions en vue d’un pacte impliquant un nombre limité de circonscriptions représentées par le PQ ou la CAQ. 3) La décision est reportée au prochain congrès, qui aura lieu en novembre 2017.

     

    M. Lessard est un militant de la première heure qui estime toutefois que QS est arrivé à la croisée des chemins. Ou bien le parti se complaît dans le rôle idéologiquement confortable mais limité de « conscience » de l’Assemblée nationale, ou bien il prend le risque de la « convergence » en faisant le pari que le Québec et QS s’en porteront mieux.

     

     L’argumentaire qui accompagne chacune des trois options dans le cahier de propositions préparé par le Comité de coordination national de QS traduit très bien la méfiance envers le PQ qu’entretiennent même ceux qui sont disposés à mettre leurs divergences de côté pour battre les libéraux.

     

    Malgré sa brièveté, le gouvernement Marois a laissé un goût très amer, en confirmant aux yeux des solidaires la tendance péquiste à « clignoter à gauche dans l’opposition et à virer à droite une fois au pouvoir », tout comme « la tentation permanente du PQ de jouer la carte de la menace de l’immigration ».

     

    D’où la nécessité qu’un éventuel pacte soit balisé par des engagements bien précis sur la réforme du mode de scrutin, un réinvestissement massif sans les services publics, la fin du développement des hydrocarbures et le rejet ferme de toute « dérive identitaire ».

     

    Le plaidoyer en faveur d’une alliance avec le PQ s’appuie sur une analyse objective de l’état actuel de l’opinion publique. « Le risque est réel que Québec solidaire soit marginalisé par le désir de se débarrasser du gouvernement Couillard », peut-on lire dans le cahier de propositions. À défaut d’une alliance avec le PQ, le « vote stratégique » pourrait donc casser la progression de QS. « Or, notre position est fragile. Nous sommes encore un petit parti qui peut être grandement affecté par un recul électoral ».

     

     Au cours des derniers mois, le PQ a multiplié les appels du pied à QS. Plusieurs propositions qui rejoignent le programme de QS ont été reprises par le PQ, quitte à s’aliéner les électeurs caquistes. Aux yeux de plusieurs, c’est maintenant au tour de QS de manifester un peu de volonté. Tourner carrément le dos au PQ donnerait l’impression qu’au-delà des beaux discours, QS n’est pas disposé à faire passer l’intérêt de la patrie devant celui du parti. Il est vrai que battre les libéraux ne constitue pas un projet de société, mais c’est un préalable à tout changement.

     

    Le danger est que les délégués au congrès de mai décident de noyer le poisson en reportant la décision au mois de novembre. De prime abord, cela peut sembler logique. Après tout, les militants péquistes, qui se réuniront eux aussi en congrès en septembre, n’ont jamais eu l’occasion de se prononcer formellement sur la question. Dès lors pourquoi ne pas attendre qu’ils le fassent ?

     

    D’autre part, la situation politique peut changer du tout au tout, dans un sens ou dans l’autre, au cours des six prochains mois. Une fois l’automne arrivé, une entente électorale semblera peut-être moins attrayante, voire carrément nuisible.

     

    Le problème est que le temps risque de manquer. Même si les militants des deux partis donnent leur accord à une éventuelle alliance, il restera de nombreux détails à régler. Combien de circonscriptions inclura cette entente ? Sera-t-elle assortie d’un pacte de non-agression, qui fera en sorte que le PQ et QS ne se feront pas la lutte dans les comtés représentés par l’un ou l’autre ? Si ce n’est pas réglé au début de 2018, chacun devra préparer l’élection de son côté.

     

    Certes, il s’agit d’une décision qui pourrait être déterminante pour l’avenir de QS. Si on veut y réfléchir pendant quatre autres années, les libéraux ne demandent certainement pas mieux.













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